B. La formation des jeunes

Les conséquences d’un manque de préparation dans le domaine de la formation ne sont pas immédiates, mais potentiellement très dévastatrices. De nombreux dirigeants d’entreprises familiales se plaignent d’avoir des enfants incapables de prendre les rênes de l’entreprise. D’autres sont déçus par l’attitude de la progéniture face à l’argent et peuvent légitimement hésiter de leur transmettre les parts de l’entreprise familiale. Pourtant, il est également de leur responsabilité de faire en sorte que les enfants soient à même d’assumer la propriété et/ou la direction de l’entreprise familiale. C’est l’enjeu principal de la formation des « jeunes pousses ».

L’apprentissage doit commencer dès l’enfance sous la surveillance des parents. Les notions les plus simples concernant l’argent sont à ce stade expliquées aux enfants (l’explication la plus efficace étant de servir d’exemple par son propre comportement) ; l’objectif recherché est de leur apprendre à se comporter de manière responsable. L’esprit d’entreprise et le goût pour la philanthropie pourraient être encouragés.

John ElkannTout au long de l’adolescence, il est important de faire en sorte que les jeunes soient en contact avec l’entreprise familiale. Cela peut être obtenu par l’organisation de visites de différents services et implantations de la société ou encore par de courts stages au sein de l’entreprise. Avec une compréhension profonde du fonctionnement de la société, les enfants développeront un fort attachement envers cette dernière, pourront comprendre ce qui se dit à l’assemblée familiale et – pourquoi pas – proposer de nouvelles idées. John Elkann, le petit-fils du célèbre Gianni Agnelli, s’est intéressé à l’entreprise familiale (Fiat) très tôt en travaillant anonymement dans les usines de la firme. Tout en veillant à ce que la famille conserve le contrôle de la société, il a ouvert la direction aux talents extérieurs comme Sergio Marchionne. Une telle importance accordée à la gouvernance lui a valu le titre de meilleur leader d’entreprise familiale décerné par Campden FB, le magazine de référence du family business.

Ces visites collectives représentent un moyen efficace de réunir tous les membres de la jeune génération de la famille, notamment les cousins issus de différentes branches. D’ailleurs, ces réunions ne devraient pas se limiter à ce cadre-là ; des voyages ou séminaires collectifs (qui peuvent être organisés par le family office) fournissent aux jeunes des occasions de mieux se connaître et d’apprendre à travailler ensemble. Ces séminaires sont également utiles à la détection des talents dans la famille, ils permettent de déceler les « leaders de demain », ceux qui seront amenés à prendre la direction de l’entreprise familiale. De nombreux établissements financiers, notamment les family offices américains, proposent depuis longtemps les services d’organisation de tels événements.

Au-delà de la question de la formation, la relation humaine avec les enfants est, elle aussi, capitale. Les fiascos à ce niveau-là sont difficilement rattrapables. D’où l’importance de montrer son affection pour l’enfant (et sans différences de traitement s’ils sont plusieurs !), de pouvoir lui accorder assez de temps aux moments heureux ou difficiles, d’encourager ses initiatives et de savoir respecter ses choix.

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